Accueil > Publication > Presse > LEMONDE.FR – Jérôme Golmard au tournant du match ?

En tennis, on appelle cela « le tournant du match ». Et c’est peut-être cet instant-clef où tout bascule qu’a vécu Jérôme Golmard le 12 mai dernier, en essayant un nouveau traitement contre la maladie de Charcot, ce mal mystérieux et a priori incurable qui le cloue sur un fauteuil roulant depuis six mois.

« Jérôme a commencé un traitement il y a trois semaines, le 12 mai, qui a créé une stabilisation, une régression. Surtout, ce qu’il y a de formidable, et Jérôme est sidérant, c’est que cela lui donne un espoir et encore plus la volonté de lutter, de combattre la maladie », résume Florence Schaal, l’ancienne journaliste de TF1 qui a pris avec l’ancien tennisman les rênes de l’association contre la maladie avec laquelle il entend lutter contre ce mal méconnu.

L’ancien dilettante du tennis français, doué mais fragile, explosif mais inconstant, reconnaît qu’un petit miracle s’est produit ce 12 mai où il s’est rendu à Porterville, en Californie, pour tenter cette nouvelle approche auprès d’un médecin américain, le docteur James. Un changement de stratégie pour inverser le cours d’un match perdu d’avance.

« Cela fait trois semaines que j’ai stabilisé mon état et pour moi, c’est déjà phénoménal. La descente a été tellement rapide que je me suis dit : je vais y passer à ce rythme-là, c’est infernal ! J’ai maigri, je n’ai fait que dormir, ce n’était pas possible. Et là, grâce à quelques traitements et à une hygiène de vie, à cette force, j’arrive à reprendre un peu de force et de courage », s’émerveille ce pince-sans-rire de nature, qui fluctue aujourd’hui entre les larmes et l’espoir.

Sans doute le tennis est-il une arme particulièrement adaptée pour affronter un adversaire aussi implacable. La maladie de Charcot, ou sclérose latérale amyotrophique (SLA), qui a emporté l’ancien patron de l’ATP Brad Drewett et plusieurs sportifs de haut niveau, ne fait aucun cadeau. Et le diagnostic a sans doute assommé le joueur franc-comtois aussi sûrement qu’un ace. Mais Jérôme Golmard a refusé de baisser les bras, de traîner comme une âme en peine derrière la ligne de fond de court de la résignation. « Je ne vais rien lâcher ». L’instinct de compétiteur a repris le dessus.

« C’est une maladie dont je n’avais jamais entendu parler, qui m’est tombée dessus le 14 janvier de cette année. Depuis juillet de l’an dernier, j’ai commencé à avoir des symptômes de fatigue et après, cela a été la dégringolade. »

Renverser l’inéluctable

Le tennis a cela de particulier qu’il refuse la fatalité du temps imparti. Qu’un seul point gagné peut faire durer la partie encore et encore. Que l’on peut sauver une, deux, des dizaines de balles de match avant de s’incliner. Que l’on peut même renverser l’inéluctable. Qu’en théorie, une rencontre peut ne jamais s’achever. Normal alors, lorsque l’on a été bercé dans cette culture de la survie, que ce refus viscéral d’abdiquer.

« On ne sait rien, personne ne peut savoir ce qui va se passer. Il y a des fourchettes, on entend des choses, je n’ai pas envie de les entendre, je veux juste me battre, que tous les jours soient une victoire pour moi, que ceux qui sont autour de moi aient la même force que moi, la banane, le sourire. C’est comme cela que je veux combattre. »

Et comme l’union fait la force, et que la vie comme le tennis est tout sauf un sport individuel, Jérôme Golmard a décidé de faire de son combat celui de tous les autres malades de la SLA. En créant une association pour lever des fonds, parce que les traitements sont coûteux, et que toutes les victimes de Charcot n’ont pas forcément les moyens ou le soutien d’une fédération et d’une armée d’anciens joueurs renommés.

La maladie n’a pas manqué de dresser d’autres obstacles sur la voie de cet ancien artiste du jeu, qui passe aujourd’hui le plus clair de son temps sur un autre instrument à cordes, sa guitare. Dans son combat, Jérôme Golmard a, pour certains, commis la double faute de la notoriété et de l’expérimentation. Il avait entamé, voilà plusieurs mois, un « traitement miracle » mais extrêmement coûteux en Allemagne. Cette initiative lui avait valu les foudres de certains spécialistes, estimant que sa renommée allait faire de la promotion à des charlatans et donner de faux espoirs aux malades moins entourés. D’où cette décision de partager avec ces derniers cette énergie et cette volonté à se battre.

Tout joueur de tennis sait qu’il faut changer d’approche lorsque l’on fait fausse route sur un court. Depuis le 12 mai, Jérôme Golmard prend de nouveaux risques avec cette thérapie américaine « en passe d’obtenir l’aval de la Food and Drug Administration (FDA) américaine ».

Dans un monde de gagnants où toute maladie est souvent considérée comme honteuse, difficile également de faire taire rumeurs et murmures. Et la maladie de Charcot a mauvaise presse depuis la révélation d’une cinquantaine de cas dans le football italien dans les années 90 puis de deux malades dans l’équipe sud-africaine championne du monde en 1995. Les meilleurs spécialistes dénoncent pourtant aujourd’hui tout lien présumé de cette affection avec le dopage. Jérôme Golmard a des combats plus sérieux à mener.

Source : http://contre-pied.blog.lemonde.fr/2014/05/

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